Pour réussir un projet d’entreprise, faisons dialoguer les générations
En tant que dirigeant, j’ai pu observer une tendance de plus en plus fréquente qui pousse les jeunes diplômés à créer leurs entreprises dès la sortie des écoles, souvent faute d’emplois stables. L’idée est évidemment louable. Néanmoins, il faut faire preuve de prudence, car l’entrepreneuriat n’est pas chose aisée. Si certains réussissent particulièrement bien, bon nombre de jeunes entreprises disparaissent faute de stratégie adéquate, de business-plan solide et de préparation préalable à ce qu’est l’entrepreneuriat : un investissement certain pour un résultat incertain. L’entrepreneuriat est donc une prise de risque et l’acceptation de l’échec.
L’une des principales raisons des échecs est le manque d’expérience des créateurs. Il est en effet fortement souhaitable d’avoir déjà fait ses armes au sein d’une entreprise avant de monter la sienne. Dans une structure déjà établie, on peut se permettre de commettre des erreurs qui seraient fatales pour sa propre affaire.
Comment alors créer son entreprise lorsque l’atout majeur, l’expérience, fait cruellement défaut ? La solution se situerait du côté d’une autre catégorie sociale : les seniors.
Faire dialoguer les générations en entreprise
Le contrat de génération, qui associait dans les années 2010 un jeune embauché en CDI et le maintien dans l’emploi d’un senior, a depuis été supprimé. Mais l’esprit qui l’animait — faire dialoguer les générations en entreprise — reste plus pertinent que jamais, et de nouveaux dispositifs ont pris le relais : CDD senior pour faciliter l’embauche après 57 ans, dispositifs de cumul emploi-retraite assouplis, contrat d’engagement jeune pour les moins de 26 ans, sans compter le développement du mentorat et du tutorat intergénérationnel, de plus en plus structuré au sein des entreprises et des réseaux d’accompagnement à la création.
Pourquoi ne pas envisager ce type de fonctionnement dans le cadre de la création d’entreprises ? Pourquoi ne pas créer les conditions pour permettre la mise en commun à la fois des expériences des seniors et de l’énergie des juniors ?
La mutualisation de l’expérience et de l’énergie
Trop chers pour le marché du travail aux yeux de certains employeurs, ou parce que leurs compétences sont jugées dépassées à tort, de nombreux seniors actifs envisagent aujourd’hui de créer leur entreprise en prévision ou en complément de leur fin de carrière, et une majorité de Français encouragent un senior de leur famille à se lancer. Ils bénéficient d’une expérience importante, d’un réseau, d’un savoir-faire et d’une connaissance accrue du marché.
Un jeune, quant à lui, a de l’imagination, de l’ambition, de l’énergie et surtout des connaissances actualisées — sur le numérique, l’intelligence artificielle ou les nouveaux usages — car rappelons-le, l’employabilité des personnes à long terme n’a toujours pas été correctement développée. Mutualiser toutes ces qualités ne peut être que bénéfique, et l’association de ces profils ne peut être que détonante.
S’entourer pour réussir
Néanmoins, que l’on soit senior ou junior, il est essentiel de ne pas perdre de vue certaines particularités de l’entrepreneuriat. Pour réussir, il est nécessaire d’anticiper, d’être animé par une volonté d’agir, d’accepter de faire des sacrifices financiers et de donner de son temps sans compter.
Il est aussi important d’être bien entouré. S’assurer d’avoir autour de soi des personnes aux compétences différentes qui peuvent apporter leurs connaissances et mettre à disposition leur expertise est souvent l’un des éléments manquants. Il faut un réseau structuré et diversifié — incubateurs, structures d’accompagnement, communautés d’entrepreneurs en ligne — pour être challenged à chacune des différentes étapes de la création de l’entreprise.
Quel que soit l’âge ou le parcours, il faudra continuer à y croire et à rester optimiste. Mettons toutes les chances de notre côté pour permettre à des idées de devenir des projets et à des projets de devenir des entreprises. Pour réussir nos projets d’entreprise, faisons dialoguer les générations.
Marc-William Attié

